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Joy Division – Closer [1980]

Posted by Olivier Morneau sur dimanche 18 janvier 2009

joydivisioncloserChaque style de musique a son point de départ. Chaque genre possède un monument qui représente l’âme et le corps de lui-même et qui fait foi du potentiel et de la force de la musique. U2 a donné naissance au rock aréna moderne. Les Beatles ont créé le pop-rock intelligent. Magma était en avance sur son temps en donnant naissance au rock-progressif 10 ans avant les Pink Floyd et Gentle Giant. Le gothique peut trouver ses bases dans la musique de The Cure alors que la musique électronique au Québec a commencé avec François Pérusse (oui oui, dites ce que vous voulez, il est le pionnier de l’utilisation de sons électroniques ici). Le coldwave et le post-punk ont été enfantés par Joy Division, groupe réputé de la fin des années 70 avec un très fort mythe autour du défunt chanteur, Ian Curtis. Le groupe, avant de changer son nom pour New Order, a lancé seulement deux albums, deux chefs-d’œuvre, et Closer en représente l’apogée, le sommet, le crescendo noir des troubles de Curtis et la profondeur du talent des musiciens.

L’album débute logiquement à la suite d’Unknown Pleasures. La chanson d’introduction, Atrocity Exhibition, emprunte le nom d’un roman de J. G. Ballard et raconte une exposition macabre avec des paroles très tordues («The silence when doors open wide/Where people could pay to see inside/For entertainment they watch his body twist») sur un fond de bruits de guitares intermittents et d’une batterie imitant presque des percussions tribales. Une des grandes forces de cet album est justement l’imagerie puissante proposée par l’écriture d’Ian, toujours en train de nous pénétrer le cerveau pour y insérer ses moments de transes. Impossible de rester indifférent à l’écoute de 24 hours, du riff de basse sombre et oppressant qui carbure aux tambours droits et froids de Stephen Morris. Les paroles ajoutent une dose supplémentaire d’asphyxie à la chanson et la font passer d’une puissance musicale agressive sombre à un poème rythmé criant les profonds malaises qu’éprouvait le chanteur et parolier par rapport à sa vie.

La rudesse et l’aspect très cru du premier album a laissé place à une plus grande utilisation des sons studios et à une finesse plus poussée au niveau des mélodies. Isolation se permet même d’être presque une chanson de danse avec sa basse rapide, ses percussions syncopées et ses synthétiseurs très new-wave. Un gros contraste après l’introduction bizarre et qui se termine par un effet ressemblant étrangement à un lecteur cd qui saute. L’ambiance est beaucoup plus planante et atmosphérique sur cet album posthume, lancé après le décès du chanteur. C’est ce qui fait la beauté, par exemple, de Heart and Soul. Une première minute avec des effets synthétisés très ambiants avant que le chant plutôt doux mais très froid de Curtis embarque. Ça monte en puissance avec la guitare jouée par Ian dans un moment d’instrumental magique et obscur.

Les deux chansons finales, Eternal et Decades sont deux véritables mausolées érigées en l’honneur de Curtis. Les deux sont d’une longueur presque équivalente, soit un peu plus de 6 minutes. Alors qu’Unknown Pleasures débordait de force et de rage vivante, ces deux chansons, à elle seules, font complètement contraste avec l’esprit de départ du groupe. La première est une véritable cathédrale de la tristesse, une brisure dans la façade du groupe, avec un rythme lent commandé par une mélodie de piano extrêmement déprimante et touchante appuyée par des effets studio ressemblant bizarrement à une espèce de chorale. La seconde trouve ses fondations dans une rythmique de sons électroniques faisant penser aux trames sonores des premiers jeux vidéo spatiaux.

Martin Hannet, leur producteur, avec lequel les membres du groupe ont eu plusieurs conflits parce qu’ils ne considéraient pas qu’il réussissait à capter l’énergie agressive des performances live du groupe. Peut-être un peu malgré lui, il a réussi à créer le son de Joy Division. Les moments puissants et planants emportés par la voix de Curtis, chantant à la limite du faux, cassés par des destructions d’ambiances instrumentales agressives et violentes avec la batterie rapide et syncopée de Morris. Cette façon de jouer de la batterie a influencé des décennies de groupes, qu’ils fassent partie de la vague new wave des années 80 ou du post-punk revival des années 2000.

Stephen Morris, Bernard Sumner, Peter Hook et Ian Curtis auront formé, le temps de quelques années, l’un des groupes les plus puissants de l’histoire de la musique. Partant d’un groupe punk, ils auront utilisé cette énergie pour façonner leur musique, la transformant en une pulsion émotive chargée de cette force agressive fusionnée aux mélodies aux influences punk. Ce disque est chargé de force, de détresse, de rebondissements et de moments à couper le souffle. Il est l’apothéose de ce que le mouvement punk du nord de l’Angleterre a pu apporter à la musique. Tout ça, accouplé aux prouesses vocales et parolières de l’un des plus grands musiciens de scène jamais vu, aura donné Closer, chef d’œuvre qui se termine par une descente percutante dans l’obsession noire du temps, éléments qui aura cruellement manqué à Ian Curtis pour faire le point sur sa vie.

Note : 5/5

article écrit pour www.mam-web.ca

3 Réponses to “Joy Division – Closer [1980]”

  1. Marc said

    Bonjour,
    Il me semble que tes critiques prennent une bien belle ampleur.

    Je partage évidemment ton avis sur cet album vraiment inestimable, qui reste encore et toujours un monument d’émotion et d’énergie.

    Par contre, peut-être pour le plaisir de pinailler, il y a quelques imprécisions dans l’intro historique. On y va. Tout d’abord, le rock de stade n’est pas né avec U2. Des groupes comme Police ou Bruce Springsteen (après Born To Run) faisaient déjà le tour des stades quand les Irlandais étaient encore confinés à leur local de répète.

    Quand à Magma, un groupe qui a sorti son premier album en 1970 n’a pas dû des masses apprendre le progressif à Pink Floyd, qui à l’époque avait sorti The Piper At The Gates of Dawn, A Saucerful of Secrets, More, Ummagumma et Atom Heart Mother, soit les piliers du genre.

    Désolé pour le coupage de cheveux dis.

    Et bonne continuation aussi, je sens que tu t’amuses de plus en plus à écrire.

  2. Olivier Morneau said

    Ouais bon effectivement Bruce jouait dans des stades, mais c’est surtout U2 qui a popularisé le style aréna contemporain qui sonne gros et toujours plus gros. Et pour Magma t’as raison je me suis trompé. J’ai oublié de faire des vérifications et vais donc me flageller, ce soir, pour être sûr de ne pas refaire mon erreur :)

  3. Marc said

    Bah, broutilles que tout ça.
    A bientôt, ne te frappe pas trop…

    Malajube arrive tiens.

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