Force Critique

Chroniques de disques

Numéro# – Sport de combat [2009]

Posté par Olivier Morneau le Dimanche 21 juin 2009

numéro#sportdecombatIl y a trois ans, Numéro# lançait son premier disque, L’idéologie des stars, sur la même étiquette que Dj Champion, Saboteur. Dans cette œuvre se trouvait le single qui a occupé plusieurs heures de temps d’antenne sur les plateformes médiatiques ciblant surtout les jeunes et qui fut enregistrée avec Omnikrom : Chewing gum fraise. Avec son vidéoclip carrément quétaine, sa base pop-électronique années 80 et son sujet adolescent et naïf, Chewing gum fraise ne représentait pas grand chose du reste de l’album de ce groupe. En fait, si l’instrumentation demeurait la même, c’est-à-dire basée sur des musiques synthétiques, synthétisées et informatisées, les thèmes variaient d’un extrême à l’autre puisque l’essence du disque reposait sur le sarcasme et le cynisme vis-à-vis les élites de la société. Attaquant tour à tour le snobisme de certains intellectuels se croyant au-dessus de la mêlée, les artistes se pensant cool  et ainsi de suite, Pierre Crube et Jérôme Rocipon tentèrent une manœuvre périlleuse : critiquer la pop tout en faisant de la pop. Visiblement, l’objectif a été atteint et, trois ans plus tard, Sport de combat, leur deuxième opus, voit le jour. Force est de constater que le groupe a changé de voie.

Pour remplacer les paroles satiriques et les assauts verbaux, Jérôme a écrit des textes tournant plutôt autour de ses angoisses et de ses peurs. Évidemment, la musique a prit le même tournant et les arrangements fluos sont désormais plus sombres et agressifs. Le premier titre de l’album, Tonton klaxonne, constitue un single à part entière avec sa mélodie électronique rapide en double-croche, les tambours alternants entre notes hautes et notes basses à chaque temps, la structure de chanson traditionnelle avec bridge après le deuxième refrain et le refrain, justement, accrocheur à souhaits. On sent que Pierre Crube, artisan du niveau musical du groupe et producteur, a peaufiné sa technique d’échantillonnage. Les textures de son se retrouvent bien rodées et souvent beaucoup plus profondes que ce que la musique pop a à offrir lorsque l’on regarde du côté des stations radiophoniques. Synthétiseurs agressifs, envolées saturées, relais mélodiques entre pistes de sons, en général Crube a fabriqué des plateaux musicaux soutenant convenablement la voix de son camarade.

L’ambiance de l’album tourne autour des questions majoritairement émotionnelles posées par Jérôme. Sur Tout est parfait, la mélodie électronique basse et effréné supporte les paroles un peu simplistes du chanteur : « Tout est parfait/digne, héroïque/pourquoi vivre autrement? ». Ce genre de réflexion existentielle abonde dans les paroles un peu partout tout au long des 38 minutes et 55 secondes composant l’album. Les thèmes alternent autour du sarcasme rôdant autour des bases de la société, l’homme perdu sur une île incapable de retourner sur la terre ferme, le mensonge, l’angoisse et la transformation, des êtres humains, en machine à consommer. Et sur ce point, Numéro# garde sa verve de base en critiquant, sur des points différents, des problèmes de notre société post-moderne et consommatrice.

Tout de même, certaines pistes sont moins sombres musicalement. Angoisse, paresse, panique, malgré son titre froid, possède un refrain accrocheur grâce aux envolées magiquement efficaces évoluant en crescendo avant de tomber dans un bridge nerveux à deux arpèges. Faux tempo base sa progression sur un piano modifié et une sympathique mélodie synthétique très années 80 avant de sombrer dans une très réussie cassure rythmique passant du bas niveau à un sommet d’ambiance mélangeant le piano et les paroles rêveuses de Jérôme se terminant avec la fin de la chanson.

Il est important de l’avouer : Numéro# constitue un groupe pop bien au-dessus de la moyenne dans ce genre de style. Si, la plupart du temps, ce type d’artiste se contente de concepts et de structures constructrices empruntées à la radio, Jérôme et Pierre font de leur mieux pour faire les saumons et remonter la rivière à contre-courant. Si c’est parfois efficace, parfois ça l’est moins. L’auto-tune, popularisée par Kanye West, T-Pain et autres, aurait facilement pu être mise à la poubelle étant donné que Jéröme est suffisement apte à faire vibrer ses cordes vocales sans l’aide d’un codec informatique pour ajuster son timbre. Lorsque le duo n’invente pas quelques chansons dénonçant la société dans laquelle il vit, il s’approprie quelque peu les mauvais côtés de cette culture. On aime Numéro# pour leurs propos intelligents rythmées sur des musiques accrocheuses mais, sur ce disque, ils prouvent qu’ils abaissent parfois leurs gardes intellectuelles pour devenir des produits de la société. Comme quoi tout le monde est humain.

Note : 3/5

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Depeche Mode – Sounds of the Universe [2009]

Posté par Olivier Morneau le Samedi 30 mai 2009

depechemodesoundsoftheuniverseCertains groupes manquent gravement à ma culture musicale. Je blâme facilement ma jeunesse, simplement parce que, premièrement, c’est très facile à blamer et ça passe toujours bien et, ensuite, il est vrai qu’être né quelques semaines avant la chute du Mur de Berlin m’a empêché de grandir en écoutant de grands groupes aujourd’hui cultes. Des séances de rattrapage autodidactes, ça existe, mais ça ne va jamais permettre de faire revivre l’air ambiant de certaines époques passées aux néophytes qui tentent de s’y rattacher. Entre les lignes, vous aurez compris ici que je n’ai jamais écouté de Depeche Mode avant ce disque. Personal Jesus et les autres singles ne me rappellent aucun souvenir, rien, si ce n’est que l’esthétique de la pop-électronique des années 80. Je me suis donc attaqué à Sounds of the Universe avec aucune peur, aucune appréhension qu’un groupe de cette envergure puisse chier un album merdique parce qu’ils sont trop vieux, ridés ou ramollis.

Sans savoir si ça s’intègre dans la suite musicale logique du groupe ou quoi que ce soir du genre, on a affaire à un album purement basé sur des sons artificiels et électroniques, avec des ajouts de guitare électrique à certains moments. L’intro In Chains est une pièce mystérieuse bâtie sur une progression de synthétiseurs et de guitares avec wah-wah dont le rythme se casse avant chaque refrain pour créer des variations mélodiques réussies. Et bien que les fondations de l’album soient synthétiques, l’instrument à cordes le plus populaire du monde joue un important rôle sur plusieurs chansons. Que ce soit sur Fragile Tension, dont l’avancée mélodique est assurée à tour de rôle entre les deux genres de sons, sur Hole to Feed ou sur Come Back, titre presque noisy qui n’a rien à envier aux récents The Pains of Being Pure at Heart, l’overdrive s’intègre très bien à l’humeur tendue et nerveuse du disque.

La structure globale de l’oeuvre même demeure simplement basé sur de la fabrication par ordinateurs, claviers et autres composants MIDI du genre. Wrong, par exemple, mêle arrangements vocaux avec progression technique d’accords en arpège synthés. Voilà une façon de faire qui ammène souvent des moments froids et inquiétants, comme sur Little Soul ou sur le skit Spacewalker, petit moment de répis spatial d’une durée de presque deux minutes. Une sorte d’aura noire avec nuances de gris émane de l’album tellement le mélange entre les composantes électroniques glaciales et angoissantes, les ajouts de guitare électrique distortionées plus sales et les arrangements vocaux, parfois simplistes et directes ou alors glorieuses (Peace), créent une concoction efficace mais distante et pleine d’inconnue. Très bon tremplin pour retourner en arrière découvrir le Depeche Mode originel.

Note : 3.5/5

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Pierre Lapointe – Sentiments humains [2009]

Posté par Olivier Morneau le Samedi 16 mai 2009

pierrelapointesentimentshumainsSacré Pierre. Après avoir défoncé les barrières bloquant l’accès au succès musical du Québec, et de France plus tard, grâce à deux disques remplis d’émotion et d’accent pseudo-français, il lance un spectacle de théâtre assez expérimental, Mutantès, dans lequel il chante et danse dans un costume de spandex trop flash. De cette création découle Sentiments humains, troisième album de l’ancien gagnant du Festival international de la chanson de Granby. Avec des chansons arrangées pour la cause, question d’éviter que les auditeurs n’ayant pas assisté à Mutantès soient quand même capables de se retrouver et d’apprécier, Monsieur Pierre nous offre un disque imparfait mais tout de même surprenant.

Surprenant, oui, parce Pierre s’est offert, en compagnie de ses supers copains l’assistant pour l’album (Philippe B, Daniel Bélanger), des arrangements rock. Ça commence par Le magnétisme des amants, avec sa batterie qui frappe chaque temps et sa basse syncopée. Il s’agit certainement de l’une des meilleures chansons du disque, avec ses montées de violons juste suffisamment grandioses. Ça se continue avec Je reviendrai (non, il ne s’agit pas d’un mauvais jeu de mot avec Terminator), pièce pop avec guitare acoustique et arrangements de cordes à l’avant-plan, avant de monter vers le ciel pour se solidifier quelque peu avec une batterie directement inspirée de No Cars Go d’Arcade Fire. L’enfant de ma mère reste la plus surprenante du lot. Dominée par la voix torturée de Pierre, lâchant sa poésie d’enfant emprisonné sur fond musical très bas et assez rapide. La guitare électrique s’ammène et se permet même d’oser un solo vers le milieu.

Le point fort du disque demeure toujours la puissance de la poésie de Pierre. Et une chance. Parce que la moitié du disque ne propose pas grand chose d’extraordinaire. À part les pièces mentionnées plus haut et Les lignes de ma main, balade piano-sons électroniques usuelle, le reste du disque ressemble plus à un b-side de La fôret des mal-aimés qu’à une oeuvre à part entière. Arrangements trop poussés et trop sucrés par moments, les textes possèdent tout de même quelques failles, l’ambiance du disque ne soulève rien de trop génial et d’inspirant. C’est dommage parce que Pierre Lapointe possède certainement l’un des cerveaux les plus créatifs du Québec en matière de musique et d’arts en général. Ça reste pas mauvais, mais on s’attendait à mieux. Après deux disques remplis de sentiments, Pierre prouve qu’il n’est, qu’après tout, qu’un simple humain.

Note : 3/5

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Mimas – The Worries [2009]

Posté par Olivier Morneau le Mardi 28 avril 2009

mimastheworries3Quand j’ai pris ce disque dans mes mains, la première fois, j’ai hésité. Une pochette avec un joueur de mandoline à tête de lapin et un chat. Des images ironiques du band, un feuillet de paroles avec un lapin ironique dessus, des entrevues ironiques, des remerciements tout autant ironique et, pour compléter toute cette ironie, des titres de chansons ironiques (Cats on Fire, c’est pas rien). Je me disais donc que si tout ce qui entoure la musique du groupe était autant poussée à cette extrême ironique, la musique devait nécessairement du même ordre. Mais voilà, Après avoir écouté The Worries une bonne vingtaine de fois, je me suis fait un avis. Passant de post-rock à indie à dream pop sans cesse, The Worries est définitivement un bon disque.

La chanson d’introduction, Treehouse, débute avec une ambiance à la Sigur Ros générée par une arpège de guitare électrique propre et par des sonorités éthérées planantes. Ça monte en crescendo, structure post-rock oblige, pour faire varier la mélodie et se terminer par une montée de lait fuzzée moyennement épique. Ça suit avec Mac, Get Your Gear et ses notes de guitare à la math-rock utilisant des loops pendant quelques secondes. Et comme avec Treehouse, la chanson s’élève jusqu’à atteindre un point quasi-shoegaze durant de courtes secondes. Le rythme est constant mais varié, l’ambiance rehaussée par une trompette lente en arrière-plan. Et cette trompette joue un rôle très pertinent, parfois de premiere importances dans certaines chansons. Dans Dads et Beneath the Glad Sunbeam, des passages de trompettes pures, langoureuses et atmosphériques cassent les moments plus indie pour se diriger vers le post-rock cuivré. L’aspect feutré dream-pop se retrouve dans certains moments moins indie et plus lents.

Si on peut dire que Mimas ne réinvente pas la roue en reprenant les principes de base de Sigur Ros, Mogwai et autres post-rockistes, ils réussissent très bien à les exploiter à leur façon. La trompette, particulièrement, ajoute une touche originale au genre, parfois peut-être trop épique et éthéré. Et bien que j’en ai eu envie, je ne terminerai pas cette chronique par une fin ironique, étant donné que je ne trouve pas grand chose à dire à ce sujet.

Note : 3.5/5

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U2 – No Line on the Horizon [2009]

Posté par Olivier Morneau le Dimanche 19 avril 2009

u2nolineonthehorizonIl y a des groupes comme U2. Des monuments, des gros trucs qui ont influencé de grosses branches de la musique contemporaine et qui sont devenues des puissances de ce monde. À une certaine époque, U2 était génial. The Joshua Tree est un disque grandiose qui mérite sa part du gâteau dans le panthéon des oeuvres majeures et influentes de son époque. Malheureusement, le monument de bronze que constitue le groupe de Bono s’est rouillé au rythme que tombaient les goutes du temps.

Mis à part cette poésie discutable, U2 est devenu une parodie de lui-même, particulièrement Bono. Cherchant toujours à être le plus grand parmi les plus grand, ce mec chante toujours trop fort, trop haut, trop longtemps et s’affiche toujours trop comme étant trop cool avec de trop grosses lunettes, un trop grand coeur pour les pauvres petits africains qui meurent de faim (prisonniers d’un système qui les appauvrit au profit des plus riches, Bono faisant parti de ceux-ci, paradoxe ou parade?), participant à de toujours plus grandes fondations généreuses et blabla. C’est à se demander si Bono ne serait pas prisonnier de lui-même. Faire un duel entre l’égo de Bono et celui de, disons, Alexandre le Grand, il serait difficile de prévoir le gagnant.

Bon, mis à part le fait que, vous l’aurez compris, je détèste Bono, les membres de U2 en général ainsi que toutes leurs tentatives d’évasions fiscales, ils sont quand même des musiciens qui ont fait leurs preuves et qui méritent d’être écouté avec sérieux. Ce que j’ai tenté de faire avec No Line on the Horizon, dernier disque du groupe. Et vraiment, à l’instar de mon compatriote blogueur Benjamin, je considère franchement que Bono devrait prendre quelques calmants lorsqu’il enregistre un album. Des montées vocales infinies comme sur Magnificient, comme si Bono tentait de percer les nuages avec ses cordes vocales, c’est lourd et lassant. « I waaaaas boooorn, to beee with youuuuu », suivie de « Oooooooohhhhh » et de « Only looooove », merde, ça donne envie d’écouter autre chose et vite. Dommage, car musicalement, le reste du groupe se débrouille. Du moins, sur cette chanson. L’intro No Line On The Horizon est gigantesque, probablement un peu trop. Moments of Surrender est mauvaise durant 7 minutes 20 secondes, tout comme Unknown Caller et I’ll Go Crazy if I Don’t Go Crazy Tonight. Musicalement très inintéressant. Étrangement, le single Get on Your Boots ressemble à une espèce de pause après autant d’asphyxie. Cedars of Lebanon a quelques moments de charmes écoutables.

U2 nous aura pondu un disque très négligeable et dénué d’intérêt global. Quelques petits hits de temps en temps mais, en gros, U2 nous propose ici ses propres clous pour son cercueuil. Non non, ce n’est pas que j’ai envie de tuer Bono, simplement qu’il ne s’agit plus du tout d’un grand groupe. Une formule pas créative qui a ravi les critiques nostalgiques, conservateurs et absolument pas visionnaires du Rolling Stones, chose qui ne surprend personne. Hello les gars, depuis U2, il y a eu plein de nouveaux artistes, sortez de votre tour. Et que dire de Bono et ses interminables cris comme un oiseau tropical en chaleur. Le pire dans tout ça, c’est qu’il n’y a aucune consolation en vue. Même Neil Young vient de sortir un mauvais disque. Ça sent la fin de l’horizon, donc du monde. Pouf.

Note : 2/5

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